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Haïti, deux ans après
Le 12 janvier 2010, à 16h53 heure locale, un séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter touchait Haïti. Les ONG se sont rapidement mobilisées pour venir en aide à une population dévastée. Des appels aux dons ont été lancés. Depuis, 2 ans se sont écoulés. Qu’ont fait les associations? Comment a été utilisé votre argent ? Comment pouvez-vous aider ? La Chaine du Cœur a recueilli les témoignages de 2 organisations: Handicap International et La Croix Rouge.
Handicap international : 2 ans et des séances de soins et de rééducation physique plus tard.
Si on devait résumer l’action d’Handicap International en 3 chiffres depuis 2010, on dirait: 90 000 séances de soins et de rééducation physique prodiguées, 1500 amputés appareillées, 5000 personnes relogées. Simple non ? Pourtant le travail des bénévoles de l’ONG depuis 2 ans a été très important et en grande partie possible grâce à vous.
Handicap International est venu en aide à la population dès les premières heures qui ont suivi le séisme. L’équipe sur place, saine et sauve, s’est tout de suite mobilisée pour assurer l’acheminement de l’aide humanitaire et surtout les premiers soins, de l’eau et de la nourriture : «on a apporté une aide particulière aux personnes en situation de grand handicap ou de vulnérabilité. Dans ce genre de situation il faut que les personnes les plus fragiles, les plus vulnérables ne soient pas exclus de l’aide humanitaire » explique Sophie Gaguin, chargée des relations presse à Handicap international. Il a fallu gérer des populations complétement traumatisées par le tremblement de terre, la perte de leurs proches et leurs biens. Au-delà des centaines de milliers de morts, près de 300 000 blessés ont été évacués. Dans certains cas, des victimes, enfants et adultes, ont dû être amputés. L’organisation a appareillé ces Haïtiens «pour aider les gens à se relever au sens propre du terme ».
Quelques mois après, une fois les morts enterrés, les blessés soignés, Haiti s’est tourné vers la reconstruction. Après la catastrophe, de nombreux camps de réfugiés surpeuplés ont été créés dans les zones sinistrées. Face à cette surpopulation, Handicap International a décidé de se lancer dans la construction d’abris en bois avec la participation des Haïtiens. : « ces habitats transitoires ont la capacité de résister à toutes les catastrophe naturelles que pourraient vivre Haïti, avec des paramètres antisismique, l’accès est aussi possible pour les handicapés grâce à des rampes » nous expliquee Sophie Gaguin. C’est comme cela que plus de 5000 personnes ont pu être relogées.
Les Français, une aide précieuse
Comme souvent lors de grandes catastrophes naturelles, la générosité des Français est sollicitée. Ce fut encore le cas juste après le séisme. Les Français ont répondu présent en envoyant des dons à l’association. Des dons qui ont été très utiles durant ces 2 années : « cela a permis de renforcer notre programme sur place. Il faut savoir que notre activité en Haïti est le plus gros programme qui a été mis en place dans un pays par Handicap International » développe Sophie Gaguin. Ainsi près de 500 expatriés ont pu être envoyés sur le terrain pendant 2 ans pour venir en aide aux Haïtiens. L’association a aussi fait appel à du personnel local. Des centres de réadaptation ont été construits et ont permis d’accueillir des personnes blessées et amputées.
Et après ?
Aujourd’hui, Haïti est un vaste chantier en reconstruction. Pour ce grand projet Handicap International a deux souhaits: donner les moyens à la population de ne pas revivre une autre catastrophe de cette envergure, et travailler avec les locaux (autorités, ministère de la santé, société civile, associations) pour prendre en charge les personnes en situation de handicap.
L’organisation, fortement mobilisée en Haiti, travaille au transfert de leurs activités. Elle espère ainsi donner la possibilité à la population de se prendre en main et de se reconstruire. C’est pour cela que les centres de réadaptation construit par Handicap International « doivent aujourd’hui être pris en charge par les Haïtiens, cela passe par des formations professionnelles » explique la chargée des relations presse. L’organisation souhaite que leurs actions soient pérennes et reprises par la population locale. Le chemin est encore long…
Malgré les actions des ONG, la situation des Haïtiens ne s’est pas grandement améliorée :
- 1 Haïtien sur deux ne mange pas à sa faim
- 2/3 de la population vit sous le seuil de pauvreté
- Les Haïtiens n’ont pas toujours accès à l’eau, un bien payant !
- De nombreux bâtiments (dont le palais présidentiel) complètement détruits n’ont pas été enlevés.
La Croix-Rouge française accompagne l’autonomisation des Haïtiens
La Croix-Rouge française a reçu 35,2 millions d’euros de dons. Grâce à cette générosité sans précédent, la Croix-Rouge française est engagée en Haïti jusqu’en 2013 pour ce qui est de la réponse au séisme. Concentrée aujourd’hui sur 9 camps et 40 000 habitants, l’organisation peut compter sur une équipe permanente de 35 expatriés et près de 200 collaborateurs haïtiens.
La Chaîne du Cœur a interviewé Antoine Peigney, directeur des relations et des opérations internationales de la Croix Rouge française. Une entrevue pour faire le point sur le travail accomplie depuis 2 ans en Haïti, mais aussi pour montrer que la mobilisation continue.
Qu'est-ce que la Croix Rouge française a fait concrètement sur le terrain depuis deux ans ?
La Croix Rouge française s’est engagée à reconstruire des maisons qui ont été partiellement détruites. A ce jour, déjà 148 maisons ont été réparées complètement pour permettre à leurs familles d’y habiter. A côté de cela, nos équipes ont mis 2100 maisonnettes temporaires en bois à disposition des sinistrés. A cela s’ajoutent des activités dans le domaine de la santé. Nous soutenons 11 dispensaires, mais également des activités de réparation des systèmes d’eau, d’assainissement, de voirie dans les quartiers où nous travaillons.
Quels étaient les besoins urgents des Haïtiens après la catastrophe?
D’abord il y a eu les besoins immédiats qui étaient de se protéger de nouvelles répliques, de se soigner pour ceux qui étaient blessés, de parler - pour la plupart ils sont traumatisés - et très vite de retrouver la vie qui était la leur avant.
La particularité c’est que Haïti, avant le tremblement de terre, était déjà un pays parmi les plus pauvres et que beaucoup de gens vivaient déjà dans ces conditions-là avant le tremblement de terre. On doit donc prendre en compte les besoins des gens qui ont perdu leur logement et en même temps renforcer, réparer, mettre en place ce qui n’existait pas avant. Progressivement, nous essayons de sortir d’une logique d’assistance directe et gratuite. Accompagner l’autonomisation des habitants est devenu une nécessité, d’une part parce que la situation va perdurer, d’autre part en raison de la taille de certains camps.
A quels difficultés les Haïtiens ont-ils dû faire face ?
Parmi les difficultés il y a eu d’abord celle liée aux catastrophes qui se sont rajoutées à celle du tremblement de terre : des épidémies de choléra, un cyclone, une tempête, des inondations…Ces catastrophes successives nous ont contraints à revoir nos priorités, à nous adapter à des nouvelles urgences, en rajoutant des défis. La deuxième chose, d’un point de vue plus pragmatique, c’est aussi de faire face à l’absence d’Etat haïtien qui vaut encore pour une grande partie dans nos difficultés. Les humanitaires que nous sommes sont condamnés à, soit avancer très lentement, soit faire du sur-place à cause du manque d’interlocuteurs définis.
Quel bilan pouvez-vous faire de ces deux années de soutien à Haïti? Quels sont vos prochains défis ?
Je fais un bilan contrasté de ces deux années parce qu’à la fois nous avons le sentiment d’avoir travaillé de manière "extra-ordinaire" pour faire face à ce défi immense.
Nous sommes aussi obligés de constater, et il faut être extrêmement objectifs, qu’un demi million de personnes vivent encore dans des camps, sans solutions à court, moyen voire long terme. Pourquoi ? Parce que sur ces 500 000 personnes, au moins 250 000 avant le tremblement de terre vivaient dans ces conditions. A partir de là, on est très lucides sur le chemin qu’il reste à parcourir, sans relâche, afin d’aider ce pays parmi les plus prioritaires de la planète.
De quoi avez-vous besoin ? Comment les Français peuvent-ils vous soutenir ?
D’ici 2013, nous avons besoin d’argent ! Nous en avons pour travailler pendant un an encore, mais on sait qu’on arrive à une échéance où, si on a pas davantage de moyens pour continuer de travailler avec l’ambition qui est la nôtre, et bien nous devrons réduire notre présence sur place et donc réduire notre impact. Et puis nous avons d’autres besoins qui sont liés à un besoin d’Etat haïtien... mais ça les Français ne peuvent pas y faire grand chose. En revanche, le gouvernement français peut aider le gouvernement haïtien à s’organiser ! Avec ces besoins-là, s’ils sont conjugués, on pourra travailler plus efficacement…
Crédits photos:
- Activités de réinsertion professionnelle menée par Handicap International : Rose-Mika, blessée durant le séisme suit une formation de couture chez Indepco, une entreprise dont le directeur a pleinement pris conscience de l’importance d’inclure les personnes handicapées. © Olivier Jourdain / Handicap International.
- Personnel HI dans le cadre de soin d'un enfant © Anne Bourgois Hadir/ Handicap International










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Février 2012




